Tsouha, tu grandiras

Pr Houria Chafai-Salhi

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Prologue

Prologue

A ceux qui se demandent que veut dire le titre, j'apporte ici une réponse qui servira de prologue à ce livre.

Tsouha, tu grandiras... est le premier vers d'une comptine Kabyle que la mère chante à son enfant en le faisant sauter dans ses bras.

Une fois qu'il a bien têté, bien roté, qu'il est tout propret, le bébé est dans ses meilleures dispositions et la mère détendue.

C'est le moment du jeu, du plaisir partagé, le moment où la mère retrouve, resurgis du lointain, les gestes et les mots qui reliant le présent au passé, anticipent l'avenir.

Transmise de mère en fille, cette gestuelle Assarquass est un symbole de la communication mère-enfant et au delà, à travers les naïves strophes qui la scandent, elle est aussi empreinte fragile d'une identité culturelle pérenne.

« Tsouha, tu grandiras

Tes pareils surpasseras

Tsouha, mon fils a grandi

La planche à lire, il a pris

Tsouha, Tsouha, Tsouha »

A travers cette comptine et d'autres similaires accompagnant la même gestuelle à valeur de rite, advient la rencontre réussie de l'imaginaire, du symbolique et du réel : cet enfant qu'elle fait danser dans ses bras, c'est tout le non-dit des émotions de la mère qui passe là, furtivement.

Dans cette banale comptine où le futur souhaité mais ô combien incertain devient certitude d'un présent fantasmé, s'exorcise la peur de la mort et se fait jour le désir qui ensemence chez l'enfant qui grandit, un désir propre, celui du sujet autonome à advenir.

Tout comme le beau poème de Djabran Khalil Djabran que j'ai choisi de mettre en exergue, les mots innocents de cette comptine, répondent à l'atmosphère d'authenticité de la rencontre mère-enfant que j'ai tenté de rendre dans ce livre.

On ne peut satisfaire tout le monde et son père dit un proverbe qui, implicitement pointe la difficulté mais aussi la nécessité du choix personnel dans toute action.

Ici, j'ai en effet choisi de privilégier ce qui me paraît fondamental, la rencontre, mère-enfant, pour lui éviter certains avatars malheureux et leurs répercussions sur le développement harmonieux de l'enfant.

Or, qui dit rencontre, dit communication inter individuelle, les individus étant appréhendés comme sujets désirants et c'est la prise en compte de ces désirs tout à tour concordants, antagonistes voire parfois conflictuels qui aboutit à une rencontre réussie.

Mais qui dit : guide du développement de l'enfant suppose par contre que l'enfant soit pris comme objet d'observation et d'étude.

Aussi ce genre de livre se heurte-t-il toujours à un double écueil :

Etre un manuel didactique, instrumental d'où s'évacue la dimension affective qui fait que les enfants ne sont pas interchangeables et les mères non plus, même s'il y a un certain nombre de constantes universellement partagées.

Ou bien se présenter comme un récit d'une rencontre entre une mère et son enfant, tous deux sujets singuliers d'une histoire commune et du coup, négliger le besoin légitime des parents d'avoir un guide objectif auquel se référer devant des situations concrètes.

Pour tenter de concilier ces deux exigences, j'ai présenté ce livre comme un récit pour en faciliter la lecture et l'ai fait suivre d'un lexique-index, répertoire d'un certain nombre de mots et situations-clé habituels.

De même n'ayant pas conçu ce livre comme un manuel, je me suis autorisée à ne pas adjoindre la bibliographie de la riche documentation sur ce sujet et dont les auteurs explicitement cités, ne constituent qu'une faible partie.

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