La journée de bébé
La journée de bébé
Bébé pleure
Tout d'abord il faut savoir que la plupart des bébés pleurent beaucoup ou du moins crient. C'est le premier mode d'expression dont l'enfant dispose. C'est ainsi qu'il exprime ce qu'il ressent, la faim, la soif, le malaise. Très vite, de mode d'expression rudimentaire et spontané qu'il est à la naissance il va se transformer en mode de communication à partir du moment où il reçoit une réponse de la part de la mère.
En effet les cris, les pleurs sont ressentis par l'entourage comme signe de détresse et appellent une réponse mais laquelle ? Dès que bébé pleure, il faudra faire un choix ; le nourrir, le changer, le calmer ou le laisser pleurer. Mais pour décider d'une réponse il faudrait savoir ce qui a déterminé les pleurs... Comme pour une langue étrangère, c'est souvent le contexte, les gestes associés qui aident à saisir à peu près le sens intentionnel. Nous allons donc voir ensemble ce qui peut être compris à travers les pleurs du bébé. Une première chose banale est à rappeler : la première manifestation du bébé qui vient au monde est le cri. De plus le premier jugement sur la santé du nouveau-né se porte en fonction de la vigueur de son cri. Donc le cri en lui-même apparaît comme un signe de vie, de santé. J'ai un ami médecin qui désigne les bébés sous le terme générique de braillards, malgré la réprobation qu'il soulève chez les mères, il n'a pas tout à fait tort et, dans ses propos on décèle même une pointe de jalousie, c'est comme s'il leur enviait cette modalité d'expression que nous ne pouvons plus nous permettre. Nous savons tous que si pleurer est un signe de chagrin, ça n'en procure pas moins un soulagement donc en quelque sorte une satisfaction. De même, on crie en général de colère, d'indignation, mais au delà de ce qui les a provoqués, les cris par eux-mêmes, créent une détente, un apaisement. On entend souvent dire, ça m'a fait hurler, je me suis défoulé. Certaines psychothérapies utilisent le cri comme modalité de libération des tensions. J'ai ouvert cette parenthèse pour montrer que les cris sont nécessaires et même utiles. Ils expriment des sensations qu'on peut regrouper en quatre catégories principales ; le besoin de dépense d'énergie, la douleur, la colère, le chagrin.
Le besoin de dépense d'énergie : la mère est souvent perplexe devant ces cris qui surviennent chez le bébé sans qu'elle puisse les rapporter à aucune cause précise, elle l'a nourri, langé et pourtant il continue à pleurer. Ces cris sont fréquents surtout les deux premiers mois de la vie. L'observation montre souvent qu'ils surviennent le plus souvent en fin de journée, sans doute correspondent-ils à un besoin de décharger tout un surcroît d'énergie qui s'est accumulé à cause des tensions suscitées par les multiples stimulations de la journée. On pense aussi que la fatigue, l'énervement de la famille à ce moment de la journée y contribuent. Quoiqu'il en soit ces pleurs sont peut-être utiles au bébé et il convient de lui manifester une présence apaisante, sans chercher à tout prix à faire cesser ces pleurs...
Rassurez-vous, vous allez rapidement vous familiariser avec les pleurs de votre bébé et en discerner les différentes modulations. Vous reconnaîtrez très vite les cris de douleur faits de sons aigus et perçants et de gestes accompagnateurs qui peuvent parfois donner des indications sur le siège de la douleur, comme d'agiter les jambes et tortiller le bassin lors des coliques. Une douleur fréquemment ressentie par le bébé est, nous l'avons vu, celle de la faim dont il faut se souvenir pour ne pas prolonger les préparatifs du repas, cette satisfaction un peu perverse qu'éprouve la mère à mettre le biberon à refroidir bien en évidence devant le bébé. Ses yeux qui brillent, le halètement, les gestes désordonnés, les cris procurent une certaine satisfaction à la mère qui ne voit là que des signes d'éveil de son enfant (il reconnaît le biberon) et non les signes de douleur d'un affamé.
Plus tard, d'autres pleurs de douleur apparaissent, ce sont ceux de la poussée dentaire, très irritants pour les bébés mais aussi pour les parents qui n'ont pas beaucoup de moyens de les soulager.
A côté de ces pleurs qui signent la souffrance et sont perçus comme des appels au secours, une autre cause de pleurs qui apparaît plus tardivement, c'est la colère. Beaucoup de parents s'en inquiètent, certains en éprouvent même de la peur comme si l'enfant dans ces moments était perçu comme dangereux, capable de je ne sais quelle force obscure. Il n'est pas rare que la crainte de l'anormalité surgisse à l'esprit. Le bébé hurle, trépigne des pieds, des mains, peut se jeter à terre, retenir sa respiration jusqu'à devenir cyanosé au cours d'un spasme du sanglot ; il pourra mordre, jeter les objets.
Ces colères surviennent après un refus des parents, une frustration quelconque, ils sont intentionnels. Tous les bébés ont cette faculté de se mettre en colère et tous l'expriment plus ou moins fréquemment. Quoique vous fassiez, toute mère idéale que vous êtes, il arrivera un moment où vous lui refuserez quelque chose et il se mettra en colère. Non seulement il est ridicule de craindre pour un bébé qui pique une rage, mais il faut voir cette manifestation comme un signe positif. Se mettre en colère c'est se manifester en tant que personne, c'est savoir ce qu'on veut, c'est réagir à la frustration de façon active, c'est aussi (et c'est le plus important) croire à ses capacités, à son pouvoir. C'est une expérience somme toute bénéfique par laquelle passent la plupart des bébés et qui les aide à se désangoisser. Si les parents restent calmes, attentifs, bienveillants mais fermes le bébé se rendra compte que toute la rage destructrice qu'il ressentait en lui n'a pas atteint ses parents qui restent sains et saufs d'une part et toujours aussi aimants d'autre part. En même temps que d'autres expériences, celle-ci l'aide à différencier de plus en plus nettement le monde intérieur de ses émotions, ses rêves, ses sentiments, du monde extérieur des faits et des objets (choses et personnes).
Dans sa colère il a eu envie de vous arracher les cheveux, de vous crever les yeux et voilà que la colère est passée et il découvre avec soulagement que tous ses sentiments agressifs ne vous ont pas atteinte, sa maman est toujours intacte et souriante. Il prend ainsi peu à peu conscience de l'existence d'une réalité extérieure indépendante de ses fantasmes de toute puissance.
A côté de la douleur, de la colère, une autre cause de pleurs, c'est tout simplement le chagrin. Oui, on le croit difficilement, du moins ceux qui pensent que les bébés sont des plantes ou des tubes digestifs mais heureusement ces gens là sont de moins en moins nombreux) les bébés éprouvent du chagrin.
Evidemment, comme les pleurs de colère, les pleurs de chagrin ne surviennent pas avant la fin du deuxième semestre. En effet le bébé ne peut éprouver de chagrin qu'à partir du moment où il se différencie de l'environnement, qu'il est capable de relier des événements et des comportements entre eux et de se sentir plus ou moins confusément impliqué lui-même dans la situation qui a déterminé sa tristesse. Il est très fréquent de voir des bébés de huit à dix mois pleurer de chagrin au départ de leur mère ou même à son retour ou bien quand on les gronde ou quand les parents manifestent un comportement inhabituel à leur égard, un désintérêt passager par exemple. Ces pleurs de tristesse se reconnaissent facilement, ils sont plus doux, mélodieux et s'accompagnent de larmes.
Vous apprendrez donc assez rapidement à connaître la cause des pleurs de votre bébé et lui apporterez l'aide qui convient dans chaque cas, l'allaiter, le consoler et le cajoler, être présente et ferme en le laissant décharger ses tensions et sa colère.
La seule chose qu'il me semble nécessaire d'éviter est de laisser les pleurs dégénérer en pleurs de désarroi, je suis certaine que ceci n'arrivera pas à votre bébé. Ceci n'arrive en réalité qu'aux enfants qui n'ont pas la chance d'avoir auprès d'eux une maman aimante, ces enfants qui sont élevés dans des institutions et à qui un personnel souvent insuffisant et débordé ne peut offrir la disponibilité nécessaire, le développement psycho-affectif et intellectuel s'en ressent dramatiquement.
Bébé tête
Bébé a pleuré, sans doute a-t-il faim et vous vous apprêtez à l'allaiter. Sans doute avez vous déjà choisi un endroit confortable, si non je vous conseille de le faire, les jeunes mères n'y pensent pas toujours malgré l'importance de bonnes conditions de la tétée surtout le premier mois ; avec la fatigue de la mère, le nombre élevé de tétées, même de nuit, l'appréhension, du fait qu'elle se croit inexpérimentée, la communication avec le bébé qui ne s'est pas encore bien établie, la tétée peut poser quelques petits problèmes source de frustrations pour la mère et pour l'enfant que nous allons voir ensemble. Confortablement installée, avec des coussins pour vous accouder, si le besoin s'en fait sentir, vous êtes prête à offrir à votre bébé cette expérience délicieuse de se nourrir et de prendre contact avec sa mère. En effet la tétée ne constitue pas seulement un moyen de s'alimenter mais de faire l'expérience de toutes sortes de sensations et il est bon que la mère puisse offrir à son bébé la possibilité de ces sensations, toucher sa peau, sentir sa chaleur ; c'est une relation intime où entre beaucoup de plaisir. J'ai vu de jeunes mamans établir avec leur bébé, à l'occasion de la tétée, une relation particulièrement merveilleuse, chatouiller les lèvres avec le mamelon pour sentir s'il en a encore envie, essayer de retirer délicatement le sein quand bébé s'endort et hop, par des mouvements de succion il happe le mamelon, oh le malin ! quand il lui arrive au moment de la tétée de se détourner du sein un moment, la maman laisse faire jusqu'à ce qu'il y revienne de nouveau.
Tout ceci, dialogue par gestes, don et contre don à une grande valeur. Ainsi spontanément la mère s'adapte aux besoins et désirs de son enfant et lui permet ainsi de se découvrir peu à peu à lui-même comme personne et découvrir sa mère comme personne et non comme simple objet contenant de la nourriture.
L'allaitement est un don naturel que la mère fait à son enfant, l'expression même donner le sein en témoigne et il est particulièrement odieux qu'on se soit cru autorisé à légiférer là dessus...
Si, pour une raison ou une autre vous êtes amenée à ne pas donner le sein à votre enfant, tout ce que j'ai dit de la relation mère-enfant au cours de la tétée reste valable avec le biberon, peut-être davantage avec l'allaitement artificiel. En effet donner le sein établit une relation charnelle entre la maman et son enfant et crée les conditions d'une adaptation réciproque et d'une satisfaction mutuelle qui se nourrissent l'une l'autre. Dès les premiers mouvements de succion, le bébé apaise sa faim, ce qui représente la première expérience de plaisir que fait l'être humain ; dans le même temps la mère éprouve un soulagement physique par la diminution de la tension ressentie au niveau des seins. Le plaisir de son bébé qui se conjugue à la détente qu'elle ressent elle-même la conforte dans son rôle de bonne mère nourricière. De plus le bébé qui tête est le prolongement du corps de sa mère ; le sein apparaît en quelque sorte comme un nouveau cordon ombilical qui relie le bébé à sa mère et nous comprenons le problème que peut soulever plus tard le sevrage.
Par contre la mère qui ne peut allaiter son enfant éprouve souvent une frustration, parfois un sentiment d'incomplétude et même une culpabilité d'autant plus difficile à surmonter qu'elle n'est pas consciente. Or comme vous le savez peut-être, la culpabilité inconsciente engendre toujours de l'agressivité : celle ci va s'exprimer de façon déguisée le plus souvent. Par exemple la mère ressentira davantage la fatigue de l'accouchement, elle deviendra irritable, supportera moins les cris du bébé, deviendra très susceptible à toute réflexion de l'entourage sur le comportement du bébé, sa prise de poids etc... parce qu'elle interprétera ces réflexions comme dirigées contre elle qui n'a pas pu être une bonne mère pour son bébé.
Elle pourra réagir aussi par une sorte de démission, du tout ou rien ; puisqu'elle n'est pas mère à cent pour cent, elle se désintéressera de l'allaitement du bébé et se déchargera fréquemment sur l'entourage du soin de donner le biberon.
C'est l'enclenchement de ce processus de culpabilité qu'il faudra prévenir à tout prix. L'aide du mari et de toute la famille est nécessaire et ils doivent savoir que la fragilité psychologique naturelle de la mère après l'accouchement est aggravée par les difficultés de l'allaitement qui peuvent amener à faire éclore un sentiment de dépréciation de soi. Je disais donc que si vous ne pouvez pas donner le sein, vous devez savoir que des progrès considérables ont été réalisés dans le domaine des laits pour nourrissons et votre bébé n'aura donc pas à pâtir de n'être pas nourri au sein. Le seul point primordial est de lui procurer, au cours de la tétée, les sensations de sécurité et de plaisir qui doivent accompagner ce moment.
Rien de plus triste que ces bébés auxquels on cale un biberon contre l'oreiller ! On croit que ceci n'arrive que dans les pouponnières, malheureusement j'ai vu des parents agir ainsi. Ils ne se rendent pas compte de l'expérience frustrante qu'ils imposent à leur enfant qu'ils privent de la liaison entre l'apaisement de la faim et le contact chaleureux, social qui fait naître le sentiment de sécurité si nécessaire à un développement harmonieux et c'est la raison pour laquelle j'ai insisté là dessus. Le bébé doit sentir qu'il est soutenu (c'est la capacité de holding des mères dont parle Winnicott) qu'il est en sécurité et que rien ne viendra entraver la satisfaction de ses besoins élémentaires. C'est ce sentiment de sécurité qui lui permettra de tirer profit des expériences vécues. Et c'est cela qu'intuitivement vous offrez à votre bébé et vous n'avez pas besoin de leçons de psychologie. L'apport de spécialistes comme moi est de vous faire découvrir comment votre comportement naturel envers l'enfant aide à son développement non seulement physique mais aussi affectif et intellectuel tant ces trois aspects sont fondamentalement liés. Il est aujourd'hui clairement établi que les retards psycho-moteurs fréquents, constatés chez les enfants abandonnés, élevés dans des orphelinats, sont dûs aux carences affectives dont ils ont souffert dès leur naissance.
Cette valeur affective et socialisante de la tétée est à préserver pour tout ce qu'elle apporte d'utile au bébé pour son développement. Voyons concrètement ce qui se passe !
Bébé a faim, il ressent une douleur à l'estomac, comme une meule qui broie du vide. Ceci se passe à l'intérieur de lui et voilà que des bras le prennent et souvent les cris cessent non parce que la sensation de faim s'est estompée mais parce qu'il a situé ce geste comme un maillon intermédiaire entre la souffrance de la faim et la satisfaction de la tétée. Il est très difficile de savoir exactement ce que ressent le bébé mais on pense qu'à ce moment là il hallucine la sensation de plaisir futur. Le fait de se calmer quand on le prend indique qu'il anticipe l'effet à venir. C'est la première relation de cause à effet que l'enfant établit d'abord de façon empirique et vague et qui va se préciser peu à peu au cours d'expériences quotidiennes. Pour cela, la stabilité de cette chaîne causale doit être permanente sinon il y a risque de déroute. Quand l'enfant reçoit la réponse appropriée à son attente, il se créera le sentiment de sécurité dont je vous parlais qui permet à l'enfant d'élaborer les premières bases, les prémices d'un concept intellectuel fondamental, la relation causale. Le monde n'est pas un chaos mais a un certaine logique que le bébé découvre au fur et à mesure de son expérience et qui le rassure. La satisfaction de son besoin de nourriture est liée à la tétée, à la mère. Au début, l'intérieur (ses sensations internes) et l'extérieur, ne sont pas très distincts, tout cela est confus dans la tête de bébé, c'est la permanence de l'image de la mère qui va l'aider à établir peu à peu ce qu'on appelle en psychologie la relation d'objet, c'est à dire la relation entre lui et l'extérieur, le premier objet étant le sein et à travers lui la mère d'où la nécessité de cette stabilité, cette permanence sécurisante du premier objet. La perception de la mère se fait par le contact, la voix, l'odeur, la vue et vous le savez bien, vous les parents que les bébés ont des capacités perceptives extra-ordinaires. Maintenant que nous avons compris la tétée l'importance de la relation affective au cours de la tétée, nous pouvons passer à des questions plus subsidiaires, les modalités de la tétée.
1) L'horaire des têtes
Il n'y a pas à cet égard de préceptes rigides. Un survol rapide de l'histoire de la puériculture nous permet de découvrir que ces préceptes ont subi de nombreuses variations au cours des époques. Après une longue période où les bébés ont été nourris exclusivement au sein par la mère ou par une nourrice et de façon naturelle, c'est à dire à la demande de l'enfant, le biberon a fait son apparition d'abord rudimentaire puis de plus en plus perfectionné, en même temps que se sont améliorés les procédés de fabrication des laits pour nourrissons. A partir du moment où cette technique nouvelle d'allaitement s'est généralisée est apparue la nécessité de la codifier.
En effet, alors qu'un fait naturel n'a pas besoin d'être règlementé, on ne demande pas à la pluie de tomber à tel ou tel moment de la journée et à tel endroit plus qu'à un autre, il n'en va pas de même de l'arrosage artificiel qui a ses règles. De plus et c'est un fait d'observation courante, toute réglementation a tendance à la rigidité. Erigée au départ pour répondre à un besoin, elle devient ensuite autonome et subsiste pour son propre compte indépendamment des nécessités et besoins qui l'on suscitée. C'est le destin habituel des règles qui deviennent des dogmes. L'histoire allégorique de l'allumeur de réverbères du Petit Prince de Saint Exupéry est assez significative. L'allaitement à heure fixe devait régler les problèmes d'adaptation physiologique au lait de vache. Or les laits « artificiels » devenant de plus en plus naturels, maternités, ont supprimé ces difficultés d'adaptation. De plus, des progrès considérables ont été faits ces trente dernières années dans la connaissance du système nerveux et du fonctionnement psychologique du nourrisson. Il ne faut pas oublier que le bébé naît avec un cerveau complet qui a les capacités innées de se réguler en fonction des besoins élémentaires. C'est ainsi, qu'après la naissance, face aux conditions nouvelles de l'environnement, vont se mettre en place progressivement les processus de régulation neurophysiologue de toutes les fonctions vitales du bébé. Il en est du rythme respiratoire, comme nous l'avons vu, que pourtant personne ne lui apprend. Il en est également des rythmes naturels faim - satiété, sommeil - veille - qui se régulent progressivement sans qu'on ait besoin d'intervenir. Le plus souvent l'intervention, par les éléments désorganisateurs qu'elle introduit, ne fait que retarder l'auto-régulation naturelle.
La mise en place d'un horaire fixe d'allaitement, comme on le préconisait il y a une cinquantaine d'année, n'a donc aucune nécessité pour le bébé. Cependant il peut s'avérer d'un certain intérêt pour les parents. Je vous conseille de vous fixer à votre intuition et de tenir compte de votre caractère. Si l'allaitement naturel, à la demande, doit vous mettre dans un état d'anxiété permanente, (a t-il suffisamment tété, pourquoi crie-t-il encore, est-ce que mon lait lui convient etc.) et que l'allaitement à horaire fixe vous sécurise il vaut mieux l'adopter. Ce qu'il faut éviter absolument c'est la rigidité. Il faut savoir que les inconvénients de l'allaitement à heure fixe ne concernent pas la sphère alimentaire elle-même.
La prise régulière de poids à partir du dixième jour de la vie (parce que dans la première semaine, comme vous le savez, sans doute, le bébé perd du poids et il ne récupère son poids de naissance qu'au bout de huit à dix jours) ne dépend pas des modalités d'alimentation. Mais celles-ci interfèrent avec d'autres facteurs et en particulier le sommeil.
En effet, pour respecter l'horaire fixe, il vous faudra réveiller le bébé à l'heure réglementaire et il se peut que n'ayant pas très faim il n'absorbe qu'une petite quantité de lait et comme vous tenez à lui donner sa ration, vous aurez beaucoup de mal à le nourrir, le réveillant et le houspillant à plusieurs reprises pour le faire téter, ce qui est, je vous comprends, fatiguant et énervant. Le plus souvent, vous finirez par renoncer et le remettre au lit. Mais au bout d'un moment, le sommeil qui devrait être profond et réparateur devient agité à cause des tiraillements de son estomac, il se réveille et commence à crier... de faim. Vous aurez beau le bercer, tenter de le calmer, ventre affamé n'a pas d'oreille et si vous tenez absolument à respecter l'horaire réglementaire, je vous plains parce que vous allez passer un moment terrible avant que n'arrive cette satanée heure de la prochaine tétée. Ceci, c'est ce qui se passe en vous, quant au bébé qui n'a évidemment aucune notion du temps et qui se structure grâce à la correspondance qu'il établit entre ses propres sensations, ses besoins et leur satisfaction, il sera complètement dérouté d'être réveillé, stimulé quand il a sommeil, d'être nourri quand il n'a pas faim et de ne pas recevoir de lait quand il hurle de faim.
L'horaire rigide a donc deux inconvénients importants :
- Il perturbe le sommeil profond et retarde l'installation du rythme sommeil - veille.
- Il prive l'enfant de la satisfaction et de la sécurité de recevoir une réponse attendue appropriée aux besoins qu'il manifeste.
De plus il peut porter préjudice à la relation harmonieuse mère - enfant qui peut difficilement s'instaurer dans une atmosphère de culpabilité et d'irritation.
2) Valeur nutritive du lait
Tout d'abord je dirai que je ne crois pas à la légende qui continue encore de circuler, celle du mauvais lait. J'entends encore certaines femmes dire : Je n'ai pas pu allaiter mon enfant parce que mon lait était mauvais. S'il existe quelques maladies où l'allaitement au sein est contre-indiqué, le problème fondamental se situe ailleurs que dans l'allaitement, il a un rapport avec la gravité de la maladie de la mère.
La valeur du lait en quantité et en qualité dépend beaucoup de la qualité de l'alimentation de la mère et de son équilibre psychologique, de son moral pour parler plus simplement. Dans notre pays où l'introduction du biberon et des laits artificiels est relativement récente, tout un savoir empirique a été accumulé qui concerne le régime approprié pour avoir du lait et ce savoir n'est pas à négliger.
Toutefois si des problèmes réels surgissent, la formule d'allaitement mixte est une bonne solution car en réglant le problème de l'apport nutritif nécessaire par le complément de lait *artificiel*, elle procure également les apports spécifiques du lait maternel (vitamines et anticorps) et préserve la relation privilégiée mère-enfant que permet l'allaitement au sein.
3) Rythme des têtées
Parce qu'il n'y a pas deux bébés identiques et ceci est une réalité même dans le cas de vrais jumeaux que la maman arrive à distinguer l'un de l'autre précisément par leur différence de tempérament, chaque bébé aura son rythme particulier auquel la maman devra s'adapter peu ou prou, du moins pendant les premiers temps, car rassurez-vous, votre bébé n'est pas un tyran décidé à vous rendre la vie impossible et il aura vite fait de s'aménager un rythme d'alimentation personnel mais régulier.
Le nombre de têtées que réclame le bébé, le premier mois, varie de six à huit et diminuera progressivement au fur et à mesure que s'établira un rythme veille-sommeil plus proche de celui de l'adulte c'est à dire avec de longues périodes de sommeil nocturne. C'est vers le troisième mois que le rythme commencera à se stabiliser, le bébé ne se réveillant qu'une fois dans la nuit et il lui arrivera même quelquefois, oh bonheur ! de ne pas se réveiller avant le petit matin. Mais il ne faut pas oublier que l'acquisition de ce rythme de têtées dépend du poids du bébé davantage que de son âge.
Il est difficile de comparer et d'avoir les mêmes attentes vis à vis de deux bébés dont l'un avait un poids de naissance de 2 kg 500 et l'autre de 3 kg 5 voire 3 kg 900, même s'ils ont tous les deux le même âge. En général le rythme de cinq têtées par jour s'obtient quand le bébé pèse environ cinq kilogrammes.
A partir de quatre mois ce rythme est en général acquis et il dormira des nuits complètes, il prendra alors quatre repas par jour et avec l'introduction de l'alimentation solide il passera vite à trois repas par jour et un goûter comme toute la famille.
4) Besoins quantitatifs
Les doses nécessaires pour satisfaire les besoins nutritifs du bébé vous seront indiquées par le médecin de PMI de même que la marque du lait, les deux variant avec l'âge et le poids du nourrisson. Mais les quantités qu'il vous conseillera ne sont que des moyennes. Dans ce domaine également une trop grande rigidité n'est pas de mise. Observez le sur vous même, votre appétit est variable. Il y a des habitudes alimentaires propres à chaque culture mais à l'intérieur de ce cadre les variations individuelles sont fréquentes, certains font deux bons repas le matin et le soir et grignotent seulement au déjeuner, d'autres se contentent d'un repas léger le soir etc. sans compter les variations en fonction du climat, de l'activité de tel ou de tel jour, etc. Il en sera de même pour votre bébé.
Ne vous inquiétez pas s'il ne prend pas exactement la quantité qui vous a été indiquée. S'il n'a plus faim, il est préférable d'interrompre la tétée plutôt que de lui faire ingurgiter de force les derniers centimètres cubes qui restent dans le biberon. Dites vous que s'il était au sein, vous ne sauriez pas exactement la quantité qui l'a rassasiée et guidez vous sur ses besoins, il est absolument essentiel de ne pas pervertir le plaisir lié à l'alimentation en la transformant en gavage.
5) La durée des têtées
La tétée satisfait avant tout le besoin d'apaiser sa faim et de se rassasier mais également le besoin de succion qui est un réflexe inné (le foetus suce déjà dans le ventre de sa mère).
Au début de la tétée, le bébé est tiraillé par la faim, il se jette goulûment sur le sein ou le biberon et par des succions vigoureuses il avale en cinq minutes la moitié, au moins, de la quantité qui lui est nécessaire, l'estomac est alors calé, il peut se permettre de prendre son temps, il ralentit le rythme de succion, il peut faire des pauses et regarder autour de lui, il lambine, sensible aux diverses stimulations de l'environnement. En effet en tant qu'adulte vous pouvez mener plusieurs activités en même temps par exemple tricoter, lire un livre et surveiller les enfants qui jouent. De même une activité très absorbante laisse un certain champ libre, un adolescent peut très bien, tout en écoutant de la musique se concentrer sur un problème de mathématiques.
Pour en arriver là tout un apprentissage sera nécessaire au bébé. Songez que dans les premières semaines de sa vie, même une activité aussi spontanée que la perception d'un objet lui demande une telle concentration qu'il ne peut rien faire d'autre en même temps, c'est ce qui arrive au cours de la tétée. Les premières minutes il tête les yeux fermés dès qu'il les ouvre son regard est capté par un objet, il cessera de téter, il en est de même s'il entend un bruit, puis de nouveau il se remet à sucer jusqu'à ce que la tétée le calme, il va alors de nouveau s'arrêter et diriger son énergie vers une autre activité. Ce n'est qu'à partir du deuxième mois que le bébé commencera peu à peu à pouvoir regarder tout en tétant et à partir du quatrième mois il sera capable de coordonner plusieurs activités, regarder, toucher et téter. Ainsi commencent à s'organiser les différents outils perceptifs. Ces pauses pendant la tétée ne sont pas des caprices du bébé qui veut vous faire perdre votre temps, même si vous en êtes quelque peu agacées, pressées par les sollicitations de la vie quotidienne, les tâches ménagères, les soins aux autres enfants etc.
Il faut savoir qu'une durée de tétée d'une demi-heure au sein et vingt minutes au biberon suffisent à combler les besoins nutritifs du bébé mais il faut également respecter les besoins de succion importants à cet âge et rarement assouvis par l'allaitement au biberon. Il n'est pas rare d'observer des bébés portant leur poing à la bouche même après une tétée quantitativement satisfaisante.
6) La prise de poids
J'ai volontairement parlé de toutes ces petites choses (mais oh combien importantes) qui gravitent autour de la tétée et laissé en dernier la prise de poids, non qu'elle ne soit pas importante mais parce qu'en général c'est la préoccupation essentielle des médecins, trop souvent malheureusement au détriment des autres facteurs de développement.
Pendant les premiers mois le bébé prend environ huit cent à mille grammes par mois. Ainsi, à la fin du deuxième mois, un nourrisson qui mesurerait cinquante huit centimètres pèse environ cinq kilogrammes. Ceci est évidemment une moyenne et un rapport, on ne peut, vous le comprenez aisément juger du poids en négligeant la taille. Ce qui compte également c'est la régularité de la croissance. L'avantage d'un suivi par un service de PMI est justement d'établir la courbe de croissance de votre bébé. Muni du carnet de santé de votre bébé, vous serez sécurisés et ne prendrez pas à coeur les réflexions, pas toujours de bon aloi, de l'entourage : n'est-il pas trop gros ou bien : vous êtes sûre que votre lait lui profite ? etc.
Le médecin de PMI pourra également vous conseiller dans la diversification du régime alimentaire pour satisfaire les besoins croissants de l'enfant.
7) Nature de l'alimentation
Jusqu'à la fin du deuxième mois, les besoins sont satisfaits par le régime lacté mais à partir du troisième mois vous allez remarquer qu'il lui arrivera de ne pas paraître satisfait à la fin de la tétée.
Plutôt que d'augmenter la quantité de lait les pédiatres conseillent de diversifier le régime alimentaire. Vous allez donc commencer à introduire de nouveaux aliments. Vous le ferez bien sûr, progressivement et prudemment pour vous assurer que le bébé les digère bien et qu'il ne développe pas de réactions allergiques. Cette prudence exige de donner un seul aliment nouveau à la fois et en petite quantité : une cuillerée ou deux suffiront. Cette alimentation nouvelle, céréales, légumes, fruits, viandes deviendra nécessaire à la croissance du bébé dans trois ou quatre mois ; vous allez donc utiliser ce laps de temps pour l'habituer et pour que le passage à l'alimentation solide se fasse en douceur. En effet, en plus de leur valeur nutritive, les aliments nouveaux amènent avec eux un apprentissage d'une nouvelle façon de se nourrir, avaler au lieu de sucer. Si le bébé dispose du réflexe inné de déglutir, il va lui falloir apprendre, et oui, il a vraiment beaucoup de choses à apprendre le pauvre bébé, on ne s'en rend pas toujours compte, à avaler. Il va devoir transformer l'activité réflexe de déglutition en comportement volontaire. Si votre bébé est né pendant les grandes chaleurs et que vous avez essayé de lui donner un peu d'eau, vous avez dû vous rendre compte de ses difficultés à avaler à la demande. L'utilisation de la cuillère va donc l'aider à acquérir progressivement cette modalité de manger pour la maîtriser quand ce sera nécessaire. (Il n'est donc pas judicieux, comme le font certaines mères de donner les aliments nouveaux en les mélangeant au biberon de lait).
Ce nouvel apprentissage exigera de vous beaucoup de patience, mais comme je vous le disais, vous avez deux à trois mois devant vous. L'essentiel dans cet apprentissage est la constance et la souplesse. Si votre bébé refuse un aliment nouveau, n'insistez pas et présentez lui un autre aliment de meilleur goût, les bébés préfèrent les saveurs sucrées, une compote de fruits sera sûrement bien acceptée et revenez quelques jours plus tard au premier aliment.
L'essentiel au début est de ne pas braquer le bébé et d'éviter que ne s'installe l'habitude de refuser systématiquement tout ce qui est présenté dans une cuillère, ce qui rendra le sevrage hasardeux.
Quant à savoir si vous allez donner l'aliment solide en hors d'œuvre avant le lait ou après la tétée, c'est à vous à expérimenter les différentes façons et choisir. En général, tout se passe bien et au bout de deux à trois semaines bébé se sera familiarisé avec cette nouvelle façon de se nourrir et vous pourrez lui donner un repas entier exclusivement en aliments solides puis deux par jour en veillant évidemment à ce qu'il ait la ration de lait qui lui est encore nécessaire.
Malgré ma promesse de ne pas vous encombrer, je m'aperçois que je me suis beaucoup étendue sur tout ce qui tourne autour de la tétée. En guise d'excuse j'évoquerai mon expérience professionnelle qui m'a appris que l'alimentation de l'enfant est un domaine sensible où se focalisent souvent le malaise de la mère. Le mot mère nourricière, n'est pas une figure de style. Le fait de l'avoir nourri pendant neuf mois de sa propre substance, prolongée après la naissance par la montée laiteuse, fait que la mère se voit comme profondément responsable de l'alimentation du bébé et la culpabilité la guette à la moindre anicroche ; Dans d'autres domaines la mère se sent souvent plus libre, plus détachée c'est le cas par exemple des soins d'hygiène corporelle qu'elle peut confier volontiers à d'autres personnes.
Bébé s'est sali
Il arrive fréquemment que dès les premières goulées avalées, bébé se salisse donnant à la mère l'impression d'un bébé entonnoir que le lait ne fait que traverser. Elle peut même s'en inquiéter quelque peu, oubliant les connaissances physiologiques élémentaires. L'amour trouble parfois le jugement. Nous savons pourtant que pour arriver au rectum et être éliminée, la nourriture ingurgitée fait un long chemin.
Elle arrive d'abord à l'estomac où elle séjourne le temps que s'effectuent les processus de la digestion dont le premier stade consiste à faire cailler le lait (c'est pour cela que le régurgité de bébé est souvent taché d'un peu de lait caillé qu'il lui arrive de renvoyer) puis les produits digérés passent dans les intestins où ils sont absorbés pour entretenir, à travers le sang, la croissance. Les résidus, il en reste toujours vont parcourir toute la longueur de l'intestin, ce n'est pas peu (4 mètres !) d'autant que ce n'est pas une ligne droite. Pour les faire progresser il faudra de nombreuses contractions de l'intestin (ce qu'on appelle le péristaltisme) pour arriver enfin à être expulsés.
Il est évident que les selles que votre bébé vient de rejeter étaient dans le rectum et proviennent des déchets de la tétée précédente.
Néanmoins, il arrive, les intestins de bébé étant très sensibles, que le transit (ce passage de l'estomac au rectum) soit accéléré et ceci est dû à une inflammation des intestins provoquée souvent par des infections (c'est pour cette raison que les médecins recommandent des règles d'hygiène strictes, faire bouillir biberons, eau etc.). Dans ces cas seulement on peut dire que le bébé se vide et ceci peut être fâcheux et avoir des conséquences dramatiques.
Mais pour ce qui nous concerne en ce moment, il s'agit d'un processus physiologique tout à fait naturel.
Ces selles, ne sont pas liquides (comme dans le cas des diarrhées), elle ne sont pas dures non plus, sauf si elles séjournent longtemps dans le rectum c'est la constipation peu fréquente dans l'allaitement au sein.
Le plus souvent ces selles sont molles, jaunâtres, parce qu'elles sont teintées par la bile qui a contribué à la digestion.
Leur nombre est variable, le transit étant plus ou moins rapide, un peu plus chez les bébés actifs, sthéniques, un peu moins chez les bébés plus calmes. Il peut y avoir autant de selles que de tétées, en moyenne à l'âge de un mois le bébé se salit quatre à cinq fois. Mais cela fait quand même un sacré travail pour la maman ! L'entretien des couches va mobiliser beaucoup de votre temps d'autant qu'il faut changer bébé dès qu'il se salit parce que les selles peuvent provoquer rougeurs et irritations. Changer le bébé avant ou après la tétée a toujours été un dilemme pour la maman. Donner à téter à un bébé tout mouillé et sale est assez désagréable pour la mère d'autant qu'elle craint qu'il n'ait macéré dans ses selles depuis plusieurs heures, le bébé, lui, souvent n'en a cure, ce qui lui importe à ce moment là est d'être bien lové dans les bras de maman et recevoir la douceur du lait tiède.
Le changer avant la tétée est également désagréable, cette fois-ci pour le bébé, la faim vient de le réveiller, il sent la chaleur des mains qui le prennent, du corps de sa mère il s'attend au plaisir de téter et voilà qu'on le repose sur un plan dur. Dès qu'il est sur le dos, il commence à hurler supputant déjà tous les mauvais traitements qu'il va subir, le manipuler trop brusquement à son gré, le déshabiller en l'exposant au froid etc. La réaction au changement de température est toujours ressentie vivement. Ce sont toutes ces sensations qu'il déteste et ne soyez pas étonnée qu'il manifeste sa réprobation. J'ai entendu des personnes dire d'un bébé qui pleurait, il réclame d'être changé, C'est projeter sur le bébé des réactions d'adulte qui n'ont rien de commun avec son univers. Ceci n'arrivera que plus tard quand le bébé aimera être déshabillé pour se retrouver nu et gigoter à son aise, jouer plus librement avec les parties de son corps et même à ce moment là s'il aime être déshabillé, il aime rarement être de nouveau emmailloté, il pourra même vous taquiner en fuyant à quatre pattes au moment où vous vous apprêtez à le ficeler.
Je pense qu'il est bon d'avoir comme principe de répondre, chaque fois que c'est possible, de la façon la plus appropriée aux attentes du nourrisson et dans ce cas précis lui donner à téter quand il a faim, lui imposant la corvée du change au moment où il est plus détendu parce qu'il est repu et qu'il vient de vivre une relation rassurante. A cet égard certaines mères craignent que la manipulation après le repas ne provoque des vomissements, le bébé n'est pas une outre qui se vide quand on lui appuie sur la panse ! Si on a pris soin de le faire roter après le repas, peut-être même au milieu si vous sentez qu'il est mal à l'aise, il n'a aucune raison de vomir.
De plus, vous pouvez le déshabiller, le laisser un peu à l'air et au repos pendant les premiers instants de la digestion et l'emmailloter plus tard.
Ayant observé les réactions de votre bébé, vous trouverez très bien ce qui lui convient le mieux.
Parmi les moments importants de la vie de bébé il y a le bain. Tout bébé aime l'eau, c'est son élément naturel puisqu'il y a passé les neufs mois de sa vie intra-utérine et vous savez sans doute que le nouveau-né est capable de faire des mouvements rythmés de natation et arrêter sa respiration sous l'eau pendant de courtes périodes, il ne peut donc pas étouffer si par inadvertance il est quelque peu éclaboussé d'autant que le réflexe de renvoi est encore très fort chez lui, Cette aptitude à la nage va être rapidement oubliée pendant quelques mois pour réapparaître vers l'âge de un an. Oui un bébé de un an peut apprendre facilement à nager !
La plupart des mères donnent le bain dans la matinée, elles ont sans doute de bonnes raisons pour cela, cependant l'horaire de fin d'après-midi a plusieurs avantages. Un des premiers est la présence du papa à la maison et il est bon qu'il participe à ce moment privilégié d'échange et de jeu avec son enfant.
D'autre part nous avons évoqué ces moments de fin de journée où bébé pleure souvent d'énervement à cause de toute la tension accumulée ; le bain peut être un élément calmant qui lui fera revivre un peu la quiétude intra-utérine. De plus, nous l'avons tous vérifié sur nous-mêmes, un bain tiède a des effets relaxants qui favorisent le sommeil.
A propos du bain il est utile de parler d'une inquiétude que j'ai souvent rencontrée chez les mères et qui les fait hésiter à frotter la tête du bébé. Bien sûr, les os du crâne ne sont pas encore soudés et vous avez remarqué au sommet de la tête, cette partie molle, la fontanelle. Croire qu'elle peut être percée facilement est un fantasme qui vient sans doute des légendes enfouies dans notre inconscient et de toutes les appréhensions sur tout ce qui concerne le cerveau. Pour vous convaincre que la tête du bébé n'est pas aussi fragile que vous le croyez souvenez-vous des douleurs de l'accouchement et de la force avec laquelle la tête du bébé appuyait sur votre bassin pour se frayer un chemin vers la vie extérieure.
Si je vous dis cela, c'est pour que cette crainte ne vous empêche pas de laver régulièrement la tête de votre bébé. En effet les sécrétions grasses du cuir chevelu (le sébum) vont s'accumuler et durcir en croûtes qu'il sera difficile d'enlever et qu'il sera nécessaire de ramollir avec de l'huile d'olive ou de l'huile d'amandes douces.
Vous venez de passer un moment agréable avec votre bébé, les autres membres de la famille ont sans doute assisté et participé et vous vous êtes émerveillés devant ce petit être si fragile qui polarise autant l'attention. Bébé n'a certainement rien compris à toutes vos paroles mais c'est une bonne stimulation pour lui, il enregistre les sons, les tonalités qu'il associe aux gestes, aux odeurs, toute cette atmosphère harmonieuse qui l'ancre dans la communauté humaine.
Ainsi tout propret, séché, nourri, bébé est-il prêt à faire un bon somme et pendant qu'il se repose douillettement dans son berceau nous allons nous entretenir justement de son sommeil.
Bébé s'endort
Comme tous les comportements du bébé, le sommeil a pendant les premiers mois certaines caractéristiques particulières qui vont peu à peu se modifier pour rejoindre celles de l'adulte.
Si, penchée sur son berceau, vous le regardez dormir, vous le verrez grimacer, froncer les sourcils, sourire, faire la moue avec ses lèvres et même pleurnicher, se détendre quelques instants, apaisé puis de nouveau respirer de façon irrégulière, crisper ses muscles etc. Vous remarquez qu'à travers les paupières, les yeux bougent. Les moments de calme complet sont ceux du sommeil profond et ils sont fugaces ; si le renseignement vous intéresse sachez qu'ils ne représentent en tout que le quart du sommeil total. Le reste du sommeil, donc la plus grande partie, est un sommeil léger, c'est à dire que le bébé reste sensible aux stimulations venues de l'exterieur, bruits, sons et aussi de l'intérieur par exemple les mouvements intestinaux. Ce rapport sommeil profond-sommeil léger va peu à peu se modifier jusqu'à s'inverser et vers l'âge de huit mois il deviendra comme le sommeil adulte avec cinquante à soixante dix pour cent de sommeil profond.
Vous avez juste eu le temps de vaquer à quelques occupations, de souffler un peu que déjà bébé s'agite et se réveille c'est que les périodes de sommeil à cet âge sont courtes, les plus longues ne durent pas plus de quatre heures, exceptionnellement bébé pourra dormir cinq heures d'affilée. En général son sommeil se répartit entre sept ou huit périodes avec des états intermédiaires entre le sommeil et l'éveil vigilant.
Peu à peu ces périodes de sommeil vont diminuer en nombre et augmenter en longueur surtout la nuit. Au troisième mois il aura des périodes de sommeil nocturne de six à sept heures. Evidemment tout ceci n'est qu'une moyenne et dépend du tempérament de bébé. Il est des bébés actifs qui dorment peu et des bébés calmes qui sont de gros dormeurs. En fait la différence à cet âge se joue surtout sur les périodes de demi-éveil et non de vrai sommeil. A un mois le bébé passe la plus grande partie de la journée à dormir, en moyenne quatorze heures. Vous pouvez même avoir l'impression qu'il dort davantage parce qu'une grande partie de la période d'éveil se passe dans un état de somnolence. Ce temps consacré au sommeil va diminuer de mois en mois.
Une question qui suscite beaucoup de controverses c'est la réponse des parents au bébé qui se réveille la nuit. Faut-il le bercer, le prendre dans les bras ou le laisser crier. Je crois qu'il n'y a pas de recette dans ce domaine et la plupart des parents s'en sortent très bien tout seuls. Ils savent, par bon sens qu'il y a un âge pour tout, de même qu'ils ne réagissent pas de la même façon face aux caprices d'un bébé de dix huit mois ou d'un gamin de cinq ans, ils modulent leur réaction en fonction de l'âge du bébé et la différence d'âge au début de la vie s'apprécie en semaines. J'ai rarement vu des mères laisser pleurer un bébé de quatre à six semaines et je pense qu'elles ont raison, le bébé n'a pas encore acquis un rythme veille-sommeil et pour lui le jour et la nuit ne sont pas fondamentalement différents, de là où il vient le jour était à peine perceptible à travers une grande activité de la mère. Il faudrait peut-être lui laisser un peu le temps de s'adapter...
A partir de trois ou quatre mois le bébé se stabilise et les parents ont appris à le connaître, et à décoder le sens des cris et leurs réponses seront donc mieux appropriées aux besoins. A cet âge là le bébé dort en général sept à neuf heures d'affilée la nuit et ne fait que deux siestes dans la journée.
Vous êtes bien bonne me rétorqueront les parents, avec ces sept à neuf heures de sommeil nocturne, nous serons réveillés quand même aux aurores au plus tard à cinq - six heures. Oui hélas ! je vous le concède, il faudra attendre encore plusieurs mois pour que l'heure de réveil de bébé coïncide avec la votre et encore le bébé ignore t-il les jours fériés... Certains parents attachés à la grasse matinée, tentent de faire veiller le bébé le plus tard possible. C'est un procédé qui s'avère rarement efficace. En le maintenant éveillé par des stimulations diverses, on enclenche un état d'excitation et une nervosité qui perturbe le sommeil nocturne. Le bébé se réveille grognon, il traîne son énervement toute la journée et il arrive souvent qu'il tombe de sommeil en fin d'après-midi, et le rythme laborieusement acquis en sera-t-il de nouveau perturbé. Pour bénéficier d'une ou deux heures de sommeil si précieuses le matin, le mieux est de chercher d'autres solutions, la plus simple est que les parents se relayent. Le papa peut très bien donner le biberon le matin, il aura ainsi l'occasion rare d'avoir son bébé à lui tout seul pendant quelques heures. C'est même un droit légitime qu'il devrait à mon avis exiger, les mères sont en général si possessives et jouent beaucoup avec l'incompétence traditionnelle de l'homme, tout en se plaignant bien sûr...
Un des principes fondamentaux dans ce domaine est de respecter les rythmes physiologiques et préserver la qualité du sommeil aussi indispensable à la croissance que l'alimentation et nécessaire aussi à l'équilibre des parents qui retentit toujours peu ou prou sur celui de l'enfant.
Or la qualité du sommeil dépend beaucoup de la période de veille et particulièrement de la phase de transition entre l'état d'activité et le sommeil proprement dit. Créer les conditions optimales à l'endormissement est le gage d'un bon sommeil récupérateur ; Si vous ne l'avez pas déjà remarqué, observez votre enfant et vous vous apercevrez qu'il lui faut un certain laps de temps pour passer d'un état à un autre. Je m'explique : bébé vient juste de se réveiller ; si vous le prenez et lui donnez tout de suite un biberon déjà prêt, il têtera sans doute très mollement, les yeux dans le vague, comme absent et ce n'est qu'au bout de quelques instants qu'il arrivera à son rythme habituel de tétée, plus énergique en même temps qu'il participera davantage à l'ambiance. Le passage de l'état de sommeil à l'état de veille demande plus de temps que chez un enfant plus grand capable d'être actif et vif au saut du lit. Il est inutile de bousculer le bébé même si vous êtes pressée. Il en est de même du passage inverse de l'état de veille au sommeil. Prendre un bébé qui est entrain de jouer, le mettre directement au lit et s'attendre à ce qu'il s'endorme tout de suite est utopique.
Bercer un enfant, lui parler doucement ou bien lui chanter une berceuse sont des habitudes transmises de génération en génération ; elles sont le fruit des observations des mères. Mais sont elles vraiment nécessaires me direz-vous ? Je ne veux pas que mon enfant prenne ces mauvaises habitudes diront de nombreuses mères. Si vos occupations ne vous permettent pas d'assumer cette habitude, si pour vous, c'est une corvée que vous ferez avec mauvaise humeur, il est préférable de l'éviter car le principe de l'éducation du petit enfant c'est justement la régularité du comportement et la sérénité. Si le bébé vous sent tendue, nerveuse, excédée il ne pourra pas accéder à la détente nécessaire au sommeil. L'essentiel est de ne pas oublier la difficulté du bébé à passer brusquement de l'état de veille au sommeil. Il faudra donc réussir ce passage en ménageant entre la période d'activité et la mise au lit, un moment de calme, de silence indispensable. Chaque parent trouvera la façon qui lui convient le mieux, prendre le bébé dans ses bras en lui parlant doucement et en le dorlotant, rester un petit moment avec lui le temps qu'il s'habitue à l'obscurité et au calme. J'ai vu plusieurs façons qu'ont les parents d'amener l'apaisement et la détente propices au sommeil et qui ne prenaient pas plus de quelques minutes. Certains donnent la sucette qui aide également à calmer et détendre le bébé en assouvissant son besoin de succion mais il faudra la donner très tôt dès le premier mois. Contrairement à tout ce qu'on a pu en dire, c'est une habitude inoffensive surtout si on ne cède pas à la facilité d'y avoir recours à tout moment et qu'on la réserve à l'endormissement. Le bébé s'en passera tout seul sans grosses difficultés vers deux ans - deux ans et demi quand il aura élaboré lui-même son propre rituel d'endormissement.
Le rituel d'endormissement
Pendant encore de nombreuses années les enfants n'acceptent pas de gaieté de coeur de se séparer de l'ambiance familiale pour la solitude du lit. J'ai oublié de faire pipi, j'ai envie de boire, je ne l'ai pas fait un bisou tous les prétexte sont bons pour retarder le moment de se retrouver seul dans son lit. La plupart des parents adoptent l'attitude à mon avis la meilleure qui consiste à accompagner l'enfant au lit, le border, lui raconter une histoire, surtout quand il s'agit d'un enfant unique qui se retrouve vraiment seul dans sa chambre. Ce faisant ils estompent l'inquiétude qu'engendrent la solitude, l'obscurité, le plongeon dans le sommeil ; l'enfant a besoin de la certitude de lendemains heureux et le rituel autour du sommeil, par sa répétition toujours recommencée, crée le sentiment de sécurité nécessaire pour s'abandonner au sommeil sans se sentir abandonné, perdu. Même quand les parents n'y contribuent pas, l'enfant se créera lui-même son propre rituel qui assure la permanence affective des parents, après la séparation, c'est l'aire transitionnelle dont parle Winnicott. Ce rituel se met en place très tôt. Dès les premières semaines le bébé se trémousse à la recherche d'une certaine position de son corps, la coordination des mouvements n'étant pas encore acquise il sera plus à l'aise dans un petit lit, un nid que sur une surface large et plane. L'observation des nourrissons a montré qu'ils sont nombreux à gigoter jusqu'à ce qu'ils réussissent à caler leur tête dans un coin du lit. Les psychologues pensent qu'il s'agit là d'une sorte de réminiscence posturale, un essai de reproduire une position intra-utérine quand le foetus avait la tête bien calée au fond du bassin de la mère, de la même façon que plus tard il lui arrivera de se blottir, genoux fléchis pendant les moments de chagrin ou de peur, reproduisant ainsi la position fœtale sécurisante. A cet égard je n'ai jamais compris pourquoi nous avons abandonné les berceaux et bercolonnettes qui ont bercé notre enfance pour les remplacer par ces caisses qu'on appelle des lits d'enfant et qui ressemblent davantage à des cageots.
Bien sûr nous ne savons pas exactement ce qui se passe dans la tête du bébé mais dès la naissance, le bébé est un être humain, une personne, nous ne pouvons pas lui prêter nos pensées mais nous pouvons interpréter les siennes à partir de nous à condition de descendre à l'intérieur de nous mêmes et nous départir du regard entomologiste, le bébé participe d'emblée de la spécificité humaine, ce n'est pas un extra-terrestre qui va peu à peu s'humaniser.
De nombreuses observations ont montré que le bébé paraît plus rassuré quand il est tenu fermement, sans doute parce qu'il lui faut un certain temps pour maîtriser l'espace et la vie à l'air libre ? Des mouvements désordonnés de ses membres engendrent des situations de déséquilibre qui lui font peur. Ça doit probablement ressembler à l'impression qu'on éprouve quand on trébuche et essaye de se rattraper.
Certains bébés pleurent et se débattent visiblement mal à l'aise tout simplement parce que les langes sont trop lâches. Autrefois chez nous et dans plusieurs autres sociétés on langeait les bébés de façon très serrée, les bras allongés le long du corps, enveloppés dans un drap qu'on maintenait en enroulant autour de tout le corps des épaules aux pieds une longue bande de tissu. Ils ressemblaient ainsi à de véritables petits momies. Cette modalité d'emmaillotage existe encore dans les campagnes et les grands-mères continuent à vanter ses nombreux avantages.
— Elle sauvegarderait le sommeil du bébé que ses sursauts fréquents inquiètent et réveillent ;
— elle préserve le bébé du froid ;
— elle l'empêche de s'étouffer s'il ramenait les couvertures sur sa figure ;
— elle lui évite de se griffer etc.
Il n'y a aucune raison de mettre en doute, toutes ces raisons invoquées pour expliquer l'origine de ce type d'emmaillotage, mais d'autres raisons perdues dans la nuit des temps ont dû également jouer, témoin pérenne, ce geste cabalistique des mains croisées que l'on exécute à la fin de l'opération qui a probablement une valeur d'exorcisme contre les démons de la nuit...
Quand aux inconvénients de cette restriction de mouvements, ils seraient corrigés par toute une technique de manipulation du bébé. En effet, avant d'être emmailloté le bébé est enduit entièrement d'huile d'olive et tout son corps est massé vigoureusement, puis on procède à une véritable gymnastique qui consiste à mobiliser toutes les articulations et les muscles par des mouvements bien codifiés.
Il est sentimentalement difficile, pour les gens de mon âge de condamner catégoriquement cette manière d'emmailloter les bébés, sans doute parce qu'elle participe de notre culture déjà terriblement malmenée. Cependant force est de reconnaître qu'elle impose une restriction importante à la liberté de mouvements qui est primordiale dans le développement moteur du bébé, d'autant que les causes citées qui l'ont fait adopter sont de plus en plus dépassées par le progrès. Certes de nombreux enfants peuvent encore souffrir du froid, bien peu bénéficiant chez eux d'un chauffage d'ambiance mais n'importe quelle mère peut confectionner, à moindres frais, un sac de couchage où l'enfant sera au chaud sans être limité dans ses mouvements. De plus, la texture des couvertures actuellement disponibles sur le marché les rend plus légères que les bourabah traditionnellement tissés. Et surtout, nous savons aujourd'hui que le bébé n'est pas aussi impuissant qu'on le croyait naguère, qu'il ne va pas se laisser aussi facilement étouffer... fragile oui, mais non complètement démuni. Jugez-en ! Dès les premiers jours de sa vie il peut rejeter les mucosités accumulées pendant son séjour dans l'utérus grâce à un fort réflexe de renvoi et il est exceptionnel qu'on doive avoir recours à une aspiration artificielle. De même, un puissant réflexe de clignement des paupières protège ses yeux d'une lumière trop vive. S'il est exposé à un changement brusque de température, il va ramener ses membres vers le centre de son corps, se recroqueviller, ce qui contribue à diminuer la surface exposée au froid ; il est capable aussi de frissonner, réflexe qui améliore la circulation du sang donc augmente, comme vous le savez, la température et bien sûr il dispose aussi d'un moyen d'expression : le cri.
Si son nez et sa bouche sont recouverts d'un linge il va se démener jusqu'à le faire glisser, par des mouvements énergiques de la bouche, de la tête qu'il tourne d'un côté et de l'autre et amène même ses bras à la rescousse et ceci dès la première semaine. Rassurez-vous donc, entourée de votre amour, muni de toutes ses potentialités propres, votre bébé peut se défendre contre les incidents de la vie.
La seule chose qui peut être dangereuse pour le bébé, c'est de le faire dormir à vos côtés. Oui, je sais, les premières semaines, il lui arrive de se réveiller plusieurs fois la nuit et vous êtes tellement, tellement fatiguée. La solution de facilité est de le mettre dans votre lit pour l'avoir à portée de main pour l'allaiter. Mais votre fatigue est justement l'inconvénient majeur et constitue un danger, vous pouvez tomber littéralement d'épuisement.
Bien sûr, on le dit et c'est vrai, le sentiment maternel crée un état de grande vigilance. Des jeunes filles qui avaient un sommeil très profond, dormant comme des souches, une fois devenues mères, s'éveillent au moindre bruit de leur enfant, mais ne vous y fiez quand même pas trop, l'organisme humain a ses limites de résistance. A l'impossible nul n'est tenu et il vaut mieux prévenir l'irréparable. Là aussi, vous pouvez, quand vous êtes fatiguées, solliciter votre mari pour qu'il vous amène le bébé et le recouche après la tétée. De plus il vous faut aménager dans la journée des moments pour vous reposer, vous n'avez aucune fausse pudeur à avoir dans ce domaine. Rappelez-vous qu'il n'y a encore pas très longtemps, les femmes en couches étaient entièrement prises en charge par la famille pendant au moins quarante jours, vraies traditions dictées par de vrais besoins et qui se perdent. Comme dit J. Giono, il y a plusieurs sortes de traditions, en tout cas deux, les vraies et les fausses, les traditions qui viennent du besoin de vivre et les traditions qui viennent du besoin de paraître. Ceux qui pratiquent les secondes n'aiment pas ceux qui pratiquent les premières et ils sont généralement plus habiles. Aujourd'hui ce sont justement les fausses traditions qui envahissent tout, comme la mauvaise herbe. Ainsi la mère est elle de moins en moins protégée si ce n'est dans des discours pour paraître.
Pour revenir aux techniques traditionnelles d'emmaillotage, une enquête quant à ses avantages pour une meilleure qualité de sommeil, comparée aux techniques modernes, ne serait pas inutile à condition qu'elle soit menée de façon rigoureuse car de nombreux autres facteurs interviennent et interfèrent pour protéger le sommeil du bébé. Il est connu par exemple qu'une façon d'aider bébé à passer de bonnes nuits calmes qui lui permettent d'aiguiser toutes ses facultés dans la journée, pour son développement physique et mental, est de l'installer dans une chambre à part. Quand il est dans la chambre des parents le bébé ressent la présence de ses parents à des bruits à peine perceptibles, leur respiration, leur mouvement dans le lit etc. et toutes ces sollicitations perturbent l'endormissement et un éventuel retour rapide au sommeil quand il se réveille la nuit. Bien sûr il s'agit là de conditions idéales, souvent irréalisables pour de nombreux parents qui ne disposent pas d'un logement spacieux. Cependant je connais des parents qui ont ces possibilités et préfèrent garder l'enfant dans leur chambre, trop anxieux pour supporter cet éloignement, ce sont les mêmes qui dans la journée restreignent considérablement le champ d'activité de l'enfant, obnubilés qu'ils sont par tous les dangers virtuels qui menaceraient leur bébé. De nombreuses observations ont montré que ce sont ces enfants pour lesquels on tremble sans cesse, qui sont les plus fragiles, dépendants, craintifs. Une autre façon de sauvegarder le sommeil du bébé, c'est de créer une atmosphère de sécurité par la régularité et la continuité du comportement. Les enfants ont besoin d'une routine sur laquelle ils fondent leurs attentes et structurent le temps. Peu à peu vous allez apprendre à connaître par quels signes le bébé manifeste son envie de dormir et vous ne tarderez pas à découvrir quels sont les gestes, paroles, attitudes accompagnant la mise au lit qui sont intégrés par l'enfant comme autant de repères sécurisants qu'il aimera retrouver tous les soirs. Il vous sera difficile plus tard de les modifier sans créer des perturbations dans l'endormissement. Pour cela je vous conseille de ne donner à votre bébé que des habitudes que vous vous sentez capables de maintenir dans les mois à venir, quand vous serez sans doute moins disponible, accaparés par les sollicitations de la vie sociale. De son côté le bébé qui n'est pas une pâte amorphe, contribue à la création de ces habitudes et peut créer de lui-même son propre rituel d'endormissement, certains sucent leur pouce, se tortillent une boucle de cheveux, se frottent la joue contre le drap, adoptent un mouvement de balancement. Certains se cognent même la tête contre le lit de façon saccadée. Toutes ces petites manies sont inoffensives et doivent à mon avis être respectées. Elles sont découvertes spontanément par l'enfant et il les adopte pour leur effet d'équivalent de bercement. Des millions d'enfants en ont eu recours, sans aucun dommage pour leur équilibre. Mais il existe des parents anxieux et alarmistes quant aux déformations possibles des dents, du crâne et que sais-je encore. A ceux-là on ne peut que conseiller de donner très tôt au bébé, une sucette si toutefois ils ne trouvent pas encore dans cette méthode des raisons d'inquiétude. Sinon, ma foi il ne restera plus qu'à leur conseiller comme ce vieux médecin de Mme Rosa dans la Vie devant soi de Romain Gary, de prendre eux mêmes un somnifère.
En effet, le bébé a des besoins à satisfaire, la vie aussi impose des frustrations nécessaires sinon toujours utiles et le développement de l'enfant se fait à travers un compromis entre le principe de plaisir et le principe de réalité.
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