Tsouha, tu grandiras

Pr Houria Chafai-Salhi

📥 Télécharger 💬 Contacter l’autrice

Le désir d'enfant

Le désir d'enfant

Vous êtes deux, unis par l'amour ou par convenances familiales et sociales, qu'importe, c'est à partir de la vie à deux que vont se tisser les liens en une trame solide, parfois si serrée qu'elle est dure à user, le couple.

Un couple c'est aussi deux forces qui s'équilibrent en un moment toujours renouvelé, toujours différent. Chaque élément du couple est fort de ses expériences passées, de celles de ses parents, riche des émotions, des souvenirs heureux, de son histoire personnelle mais également lesté de ses fragilités, ces points de brisure plus ou moins ressoudés. Ainsi ces lignes de force qui sont aussi des faiblesses sont personnelles à chaque partenaire. Cependant le couple n'est pas la juxtaposition de deux individualités, c'est une entité duelle, une diade, une construction où chaque membre a apporté quelque chose de lui-même au cours d'une confrontation toujours conflictuelle. De cette tendre guerre, naît le compromis qui constitue le couple.

Ainsi au moment du mariage, sauf cas exceptionnels, le couple n'est-il pas encore formé. L'acte de mariage légalise ainsi une naissance à venir. C'est comme si on déclarait l'enfant au moment de sa conception et non de sa naissance.

Le couple restera toujours marqué par la fragilité des conditions de sa naissance, la prématurité.

Comme sur le plan physiologique, la maturité est une condition essentielle de la reproduction. Or il arrive souvent que le désir d'enfant vienne bousculer l'étape préalable de formation du couple. Ainsi l'enfant est-il conçu avant que le couple n'accède à la maturité psychologique.

C'est de cette précarité du couple que viennent souvent les difficultés à recevoir, accepter, élever l'enfant pour lui-même. Il est vrai aussi que la naissance d'un enfant, par la responsabilité nouvelle qu'elle confère aux parents, contribue à la maturation du couple.

On dit aussi souvent que le couple se renforce grâce à l'enfant qui resserre ses liens, le consolidé. Ceci n'est vrai que si le désir d'enfant est partagé, si l'enfant est désiré pour lui-même et non comme palliatif, comme moyen de combler un vide, une insatisfaction ou masquer les difficultés du couple.

Heureusement la plupart des couples qui décident d'avoir un enfant ont un minimum de cohésion et de complicité et un désir vis à vis de l'enfant à venir.

En effet le premier atout dans la vie est pour l'enfant, d'avoir été désiré, d'être attendu dans la joie. Ce qui nous amène à souhaiter que tous les moyens soient offerts aux parents pour n'avoir que les enfants qu'ils ont décidé d'avoir, ce qui serait déjà un premier pas non négligeable dans la réduction du taux de croissance démographique sans compter la prise en compte des facteurs qui interviennent dans ce phénomène. Or la campagne de limitation des naissances se réduit à un discours économiste et moralisateur. On se contente de lancer des mises en garde alarmistes à travers lesquelles les enfants sont assimilés à des criquets dévastateurs de biens. Ce discours n'a aucun impact sur les réalités socio-économiques et culturelles. Notre peuple qui n'a pas encore l'égoïsme des repus et l'avidité des sociétés de consommation, croit encore au partage du pain, quand il y en a pour deux, il y en a pour trois et à la miséricorde divine qui pourvoit à la subsistance des nouveaux arrivés dans la vie, car pour la majorité des algériens c'est du pain quotidien dont il s'agit et non de brioche. Si nous avons des rêves de subsistance assurée, nous n'avons pas encore des rêves d'opulence.

Nous n'avons pas non plus encore accès à la sécurité sereine des longues espérances de vie, la mortalité infantile n'est pas un souvenir d'autrefois ou un malheur exceptionnel qui n'arrive qu'aux autres, elle reste une possibilité toujours présente, une crainte qui ne nous quitte pas. Le souhait qu'amis et parents formulent encore aujourd'hui à la vue d'un bébé est : « Dieu vous le garde ». Je ne crois pas qu'on soit arrivé à comprendre cette évidence pourtant simple que la lutte contre la mortalité infantile aide à la régulation des naissances. De même n'avons-nous pas encore pris conscience que le statut déprécié de la femme joue un rôle négatif sur le plan démographique. Pour la majorité des femmes de chez nous, confinées au foyer, sans aucune insertion socio-professionnelle, les enfants ne sont pas un poids qui leste leur liberté ou brident leur épanouissement personnel inexistant mais au contraire le seul atout qui puisse leur assurer quelque sécurité même si elle s'avère souvent illusoire.

Cependant d'expérience, les femmes savent que si on peut partager le pain, se priver de superflu pour nourrir les enfants, on ne peut pas fractionner sa disponibilité sans léser l'un où l'autre des enfants et parfois les frustrer tous en même temps. La mère sait, que malgré sa bonne volonté ses forces ne sont pas à toute épreuve, que l'épuisement arrive vite et que toute dépense de travail a besoin de récupération. Aussi, de tous temps, pour des besoins de sauvegarde personnelle, les femmes ont-elles eu recours à des moyens de réguler les naissances. Le plus connu étant l'allaitement prolongé souvent inefficace, épuisant et parfois irréalisable et toutes les recettes abortives que les femmes se transmettent de génération en génération malgré leurs déboires et leurs sanctions souvent dramatiques. Il est peut-être temps de dépasser les tabous en utilisant le canal de la TV pour informer les femmes en termes simples, clairs et précis des méthodes, des contraceptifs et des moyens et lieux où se les procurer. On évitera au moins la naissance de ces milliers d'enfants non désirés, appelés par euphémismes des accidents.

Mais vous parents à qui est destiné ce petit livre vous n'êtes pas concernés puisque vous avez désiré cet enfant.

19-23