Attachement et séparation
Attachement et séparation mère-enfant
Vous venez de passer un trimestre avec votre enfant, le troisième mois tire à sa fin et le moment est arrivé où il faudra songer à un tas de choses désagréables pour le bébé mais nécessaires.
C'est le moment d'entamer la série de vaccinations. Quand le bébé vient au monde il est protégé contre certaines maladies et allergies par les anticorps de la mère qui sont passés à travers le placenta. Cette immunité renforcée par les anticorps contenus dans les protéines du lait maternel, est efficace mais ne dure pas longtemps. Aussi dès que le bébé est capable de développer son propre système immunitaire c'est à dire à la fin du premier trimestre il faudra commencer les vaccinations. Les services de PMI se chargent très bien de cette tâche, ce que vous, parents, avez à faire, c'est d'y conduire votre bébé et de respecter scrupuleusement la date des rendez-vous. Avec ce calendrier bien codifié, à l'âge de un an, votre bébé sera protégé contre les maladies les plus graves : (Tuberculose, Diphtérie, Tétanos, Coqueluche, Poliomyélite, Rougeole) qui jusqu'à il y a quelques années faisaient des ravages chez nos enfants.
La fin du premier trimestre est aussi le moment où les mères envisagent les dispositions nécessaires pour le retour au travail, d'ailleurs, surtout pour celles qui ont la chance d'avoir un métier intéressant, l'intérêt pour la vie socio-professionnelle, mis en veilleuse après l'accouchement, se réveille peu à peu. A cet égard il est utile de démystifier certaines notions confuses, empruntées à une idéologie qui veut maintenir la mère cloîtrée dans les limites de son foyer. Ces notions nous viennent par le canal d'une psychologie mal vulgarisée. Elles tendent d'une part à culpabiliser la mère qui travaille, d'autre part à minimiser l'importance des cadres éducatifs pour la petite enfance, les crèches, en les présentant même comme nocives.
Qu'en est-il au juste de toutes ces notions de carence affective, de danger de la séparation mère-enfant, et de multiplicité des substituts maternels ?
Tout d'abord un conseil, quand vous lisez défiez-vous de tous les mots ronflants, prétentieux, qui comme tous les gros mots ont pour seul but d'intimider, de choquer. Le principe de toute vulgarisation scientifique est d'expliquer avec des mots simples et des exemples concrets, des notions complexes, souvent inaccessibles dans les termes scientifiques usuels et abstraits. Le conseil de P. Valéry est plus que jamais valable Entre deux mots, il faut choisir le moindre.
Voyons donc qu'est-ce-que la carence affective ?
Vous savez sans doute qu'un nourrisson peut présenter par exemple une carence en vitamines, particulièrement en vitamine C qui existe seulement dans les fruits et les légumes frais et aussi en vitamine D qui joue un rôle important dans la calcification. Ces vitamines existent en trop faible quantité par rapport à ses besoins, dans l'alimentation naturelle du bébé.
La carence en vitamines survient donc en l'absence ou en insuffisance d'apport par rapport aux besoins et crée une faible résistance aux infections et au rachitisme.
On peut rencontrer aussi des carences protidiques fréquentes lors des sevrages quand le lait maternel est remplacé par une alimentation peu riche en protéines.
Pour éviter ces carences il est conseillé d'apporter au nourrisson ces vitamines sous forme de jus de fruit (jus d'orange, de préférence pour la vitamine C et également de la vitamine D soit en gouttes tous les jours dans un peu d'eau soit sous forme retard en ampoule que propose la PMI en même temps que les vaccinations.
A côté de ces besoins physiologiques qui peuvent être peu ou non satisfaits, existent également des besoins d'ordre psychologique tout aussi importants, ce sont les besoins affectifs (besoin d'amour, de sécurité, d'estime, de compréhension) dont la non satisfaction peut aussi provoquer des carences affectives. Ces carences sont d'autant plus graves qu'elles sont massives bien sûr mais aussi quand elles sont précoces pouvant créer un retard plus ou moins important du développement psychomoteur.
Ces carences se rencontrent surtout dans certaines institutions comme les orphelinats désignés par le nom pudique de pouponnières qui voilent le drame des enfants abandonnés, entassés dans des salles de maternité puis dans des orphelinats suremplis, au moyens d'encadrement dérisoires. Ces enfants qui n'ont pas eu la chance de trouver à leur naissance un foyer naturel ou d'adoption, développent souvent dans ces institutions inadéquates à l'épanouissement d'un enfant, des états de marasme grave, parfois irréversible.
Ces enfants sont victimes de la société qui leur refuse des substituts de parents.
En effet on appelle substitut de la mère, une personne qui remplit auprès de l'enfant le rôle nourricier et affectif, maternant, de la mère, de façon périodique, transitoire en l'absence de la mère pour des raisons de travail, de santé, de voyage etc. ou de façon permanente, définitive auprès des enfants orphelins ou abandonnés.
Les données psychologiques recueillies depuis un certain nombre d'années ont montré d'une part que la permanence d'une image maternelle stable, la mère naturelle ou adoptive, est nécessaire à un développement harmonieux de l'enfant, d'autre part que l'existence auprès de l'enfant de substituts maternels même multiples (grand parents, tantes et oncles, puéricultrices, nourrices etc.) non seulement ne constituent aucun danger mais peut aussi jouer un rôle positif non négligeable dans la sociabilité de l'enfant. Il se peut, et c'est le cas d'un certain nombre de parents, que vous vous sentiez coupables de vous séparer de votre enfant même pour de courtes périodes, inquiètes par la confusion qu'on a introduit mal à propos entre la séparation mère-enfant et les carences affectives des enfants qui eux n'ont pas de mères du tout.
Vous savez très bien que votre enfant n'a pas eu cette malchance ; ses sourires, ses yeux qui brillent de joie et jusqu'à ses colères sont le signe évident qu'il est comblé d'affection.
Les heures qu'il va passer loin de vous seront pour lui une expérience nouvelle où il côtoiera d'autres enfants et d'autres adultes qui enrichiront sa capacité relationnelle. L'expérience montre que même s'il pleure au moment de la séparation, il a vite fait, sitôt que vous êtes partis, d'être sollicité, attiré par toutes les stimulations qu'offre le nouveau cadre. De plus la frustration du détachement d'avec la mère est nécessaire pour son autonomisation et pour que s'élabore un concept très important pour le développement intellectuel, la permanence de l'objet. En effet pour le tout petit bébé, un objet (chose ou personne) qui sort de son champ de vision, disparaît, n'existe plus et ce n'est que peu à peu que se forme ce qu'on appelle la représentation de l'objet disparu qui continue donc à exister en pensée même s'il ne le voit pas et qui peut donc être retrouvé à tout moment ; l'objet acquiert donc une existence propre, en dehors de ses sens (même s'il ne le voit pas, ni ne l'entend, ni ne le touche) et aussi en dehors de sa pensée.
Pendant une période transitoire, qu'on appelle l'angoisse du huitième mois (parce que c'est vers cet âge qu'elle apparaît) le bébé se représente sa mère en pensée et en son absence il est angoissé parce qu'il ne retrouve pas cette image dans les personnes étrangères qui l'entourent et il n'est pas encore assuré de son retour. Cette assurance il va l'acquérir par toute une série d'expériences et de jeux, jeux de coucou, de cache-cache, jeter et ramasser, et, à travers lesquels il prend conscience de l'absence et des retrouvailles, du départ et du retour.
Les retrouvailles après l'absence sont une des joies de l'existence. Et la jubilation de l'enfant dans le jeu de cache-cache en est un signe. La régularité avec laquelle vous l'amenez à la crèche et l'en ramenez va scander le temps en plusieurs séquences et cette expérience n'est pas inutile pour lui apprendre à structurer le temps et l'espace, ce qui est très important pour le développement de son intelligence.
Malheureusement chez nous les parents ne disposent pas de tels modes de garde des petits enfants et chaque couple doit trouver par lui-même une formule pour résoudre ce problème, laisser l'enfant à la grand-mère, ce qui est de plus en plus rare, embaucher une employée de maison, le confier à une nourrice. Toutes ces formules ont leurs avantages et inconvénients, les parents en adoptent une par nécessité, n'ayant guère de choix. Quelque soit la formule adoptée, vous n'avez pas à vous culpabiliser de ne pas consacrer tout votre temps à l'enfant. Ne vous imaginez surtout pas qu'une mère au foyer est meilleure mère, meilleure éducatrice. Fait-elle envie ou bien pitié, il est effectivement très difficile de le dire.
De toute façon, l'essentiel est de veiller à ce que l'enfant ait les meilleurs atouts pour satisfaire ses besoins de développement, c'est votre rôle principal que vous ayez une activité professionnelle ou que vous restiez au foyer, la présence permanente de la mère à la maison n'étant pas suffisante en soi.
A partir du cinquième mois les besoins de l'enfant se diversifient et c'est la qualité des échanges qui devient désormais primordiale.
En effet les difficiles premiers mois d'adaptation au monde sont passés, les principaux rythmes physiologiques sont bien en place, la maturation du système nerveux et la socialisation vont se poursuivre avec l'acquisition, de la station assise qui a comme conséquences d'agrandir le champ de vision, de permettre une meilleure manipulation et de le faire participer davantage au cercle familial. Puis il apprendra à ramper, se déplacer sur les genoux et les mains, à se tenir debout, allonger le pas et marcher.
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