De l'imitation à l'identité
De l'imitation à l'identité
C'est à travers le jeu également que l'enfant développe une faculté très importante pour lui, l'imitation. Spontanément le bébé va commencer à imiter le comportement de l'entourage. Il voudra vous faire manger comme vous le faites et sera très heureux de vous voir mâcher et vous pourlécher les babines. Il imitera vos façons de réagir au chaud, au froid, aux sons de la musique etc...
De plus à partir de cet âge la mémoire va s'affiner, elle ne consistera pas seulement à localiser des objets déjà vus mais aussi à évoquer, à se souvenir des situations, des actions concrètes. Le bébé va arriver à la fin de sa première année à ce que les psychologues appellent la permanence de l'objet, c'est à dire qu'il sait maintenant qu'un objet, qui disparaît de sa vue, continue à exister. S'il fait rouler une balle sous le buffet, il sait qu'elle n'a pas disparu mais est encore là-bas et qu'il peut la reprendre. S'il la lance à son père il attend de lui qu'il la lui renvoie. C'est ainsi qu'il prend conscience que les objets existent par eux-mêmes même s'il ne les voit pas. Et ceci est très important pour lui parce que, ce qui est valable pour les objets l'est aussi pour les personnes. Si sa mère quitte la chambre et qu'il ne la voit plus, il sait maintenant qu'elle est ailleurs et qu'elle va revenir, il pourra donc rester là à jouer tranquillement, il pourra s'en séparer sans être inquiet.
C'est ainsi qu'il prend conscience en même temps que les objets et les personnes existent en dehors de lui, l'image de sa propre personne se précise davantage, il découvre peu à peu que lui-même est une personne, et en prenant conscience de sa personne il va vérifier qu'il est différent et la meilleure façon de le faire c'est de s'opposer. C'est en s'opposant, en refusant de faire ceci ou cela qu'il va s'affirmer.
Acquérir une identité c'est s'affirmer et il va le faire en s'opposant mais aussi en réalisant des actions, des prouesses. A partir de cet âge le bébé va rechercher l'approbation quand il réussit quelque chose de difficile pour lui, grimper sur le fauteuil, empiler deux boites, remettre le bouchon d'un stylo etc.
En même temps qu'il découvre l'opposition, il comprend la signification du non des parents et ce qu'il implique. C'est le début de la prise de conscience du comportement fautif. Il va tester l'interdit par des comportements provocateurs. Par exemple il va se rapprocher doucement d'un objet interdit, du téléviseur par exemple, tout en guettant la réaction de son père. Devant un non catégorique, il va s'immobiliser tout en protestant, en pleurnichant par exemple, puis il retente de nouveau, il abandonne rarement la partie et va expérimenter plusieurs fois la ténacité de l'entourage et la valeur de l'interdit. Il vous met à l'épreuve. La réaction des parents face à ce genre d'épreuves doit être ferme et surtout constante. Il n'y a rien qui déroute un enfant que les comportements changeants. Si un jour on lui permet de manipuler le téléviseur et que le lendemain parce qu'on est énervé de ne pas suivre l'émission ou toute autre raison, on le lui interdit violemment, l'enfant ne sait plus à quel ordre se vouer, il se retrouve dans un monde désordonné, sans repères, un milieu d'insécurité.
Ce sont les parents qui laissent leur bébé circuler librement, faire ses expériences et qui considèrent les choses du point de vue du bébé sans être submergés par leurs propres angoisses et humeurs du moment qui arrivent à obtenir du bébé une obéissance acceptée aux interdits nécessaires et qui arrivent surtout à ce que le bébé exerce lui-même des contrôles sur son propre comportement.
Les parents coopérants évitent d'imposer leur volonté au bébé de façon anarchique. Ils adaptent l'environnement de façon à réduire au minimum la nécessité de contrôler ou d'interrompre sans cesse l'activité du bébé. Il est plus facile de supprimer les facteurs de risque que d'être sans arrêt à guetter les allées et venues de l'enfant. Dans une telle ambiance l'enfant apprendra à accepter les exigences des parents et c'est le premier pas dans l'apprentissage du comportement élaboré.
Comme vous le voyez nous nous acheminons vers la fin de notre ouvrage que nous avons fixé à dix-huit mois, âge où le bébé accède au langage et qu'il a ainsi la faculté d'exprimer de façon plus compréhensible ce qu'il ressent et enclencher un dialogue et ne sera plus un enfant au sens premier du terme. En effet aux origines le mot enfant voulait dire étymologiquement qui ne parle pas et désignait le tout jeune enfant. Les anglo-saxons continuent d'ailleurs à utiliser ce terme pour la période de la vie qui débute à la naissance et s'achève avec l'acquisition des premiers rudiments du langage, c'est à dire vers dix-huit mois.
97-101