La rencontre mère-enfant
La rencontre mère-enfant
Après vous êtes reposée une bonne nuit vous voilà donc avec votre bébé dans les bras pour sa première tétée. Cette première rencontre, première communication réelle n'est pas toujours satisfaisante, elle peut même être quelque peu décevante.
Nous avons admiré de beaux portraits de bébé sur les catalogues de layette, croisé dans notre entourage quelques jolies frimousses roses et potelées et voilà devant nous un petit lardon tout ratatiné, fripé velu quand il n'est pas franchement poilu ! Oui, la très grande majorité des bébés rappellent, non les pêches veloutées, mais davantage de vieilles pommes flétries ! Vous êtes perplexe, déçues et n'osez pas le dire, vous interrogeant sans doute sur vous-même et votre absence d'instinct maternel, ce mythe sacro-saint dont on a eu les oreilles tant rebattues !
Non, rassurez vous, vous êtes tout à fait normale, et ce que les pères disent du temps qu'il leur faut pour ressentir vraiment quelque chose envers l'enfant, est vrai également pour la mère. Comme l'affirment de nombreux psychologues et en particulier R. et Irène Lézine et je partage entièrement leur point de vue, il n'y a pas d'instinct maternel mais un sentiment maternel et comme tout sentiment humain il naît, se développe, s'épanouit et mûrit peu à peu.
L'éclosion de ce sentiment maternel peut dans certains cas être instantané dès le premier regard, le coup de foudre en quelque sorte mais le plus souvent il s'élabore peu à peu.
Dès la première rencontre, même si le bébé ne correspond pas à vos rêves pendant la grossesse, vous êtes quand même fière de votre prouesse, vous avez traversé l'épreuve dignement et puis, il faut l'avouer maintenant que c'est passé, vous avez eu quand même un peu peur et vous avez devant vous un bébé tout à fait normal, sain et vigoureux, ouf ! Et puis il est si menu, si frêle, si émouvant, avec ses toutes petites mains ! Ah! ces toutes petites mains de bébé ! A côté, les nôtres sont telles des mains de géant et il vous apparaît alors si fragile, vous commencez à avoir des craintes pour ce petit être si vulnérable. Ce mélange de fierté, d'attendrissement et d'appréhension qu'est-ce donc si ce n'est l'éclosion de l'amour maternel ?
Alors fi, de vos interrogations anxieuses sur votre capacité à tenir le rôle de mère, sur votre compétence et que sais-je encore...
Ces questions que la jeune mère se pose sont celles de toute personne qui doit assumer une responsabilité nouvelle pour elle. On a beaucoup épilogué sur les dépressions des femmes en couches, on a tenté d'en déchiffrer la signification. Certains psychiatres les assimilent à des dépressions d'épuisement, d'autres en ont tenté une lecture psychanalytique et parlent d'un travail de deuil que la femme doit faire après perte d'objet. Né de sa chair, nourri de son sang et de ses fantasmes, il a fait pendant de longs mois partie intégrante d'elle-même et voilà qu'il s'est détaché, arraché d'elle pour une vie indépendante, c'est un peu comme s'il l'avait abandonné. En effet, dans une certaine mesure le bébé ayant partagé intimement votre vie pendant neuf mois jusques aux pulsations profondes, vous connaît plus que vous ne le connaissez.
Cependant sur le plan fantasmatique, il fait encore partie de vous d'où la susceptibilité exacerbée des mères devant les appréciations portées sur le bébé qui atteignent directement leur narcissisme même quand ces appréciations viennent du père lui-même.
Tous ces sentiments complexes, la jeune mère les ressent confusément et souvent douloureusement d'autant que le traumatisme de l'accouchement, les déformations corporelles, la fatigue encore importante la fragilisent.
Ces appréhensions et inquiétudes sont très fréquentes et toutes les mères les ont éprouvées peu ou prou. Winnicot, pédiatre et psychanalyste anglais, qui a écrit des pages merveilleuses sur la mère et l'enfant, se demande à juste titre pourquoi les êtres humains trouvent si difficile de croire qu'ils sont assez bons pour créer en eux une chose entièrement bonne.
C'est au cours de cette période où le rôle de l'environnement est important. Un entourage affectueux est nécessaire à la jeune accouchée pour lui permettre de récupérer en même temps que ses forces physiques, la force morale dont elle a besoin. La tendresse compréhensive du mari, un soutien valorisant de la famille l'aideront dans les premières difficultés de sa rencontre avec le bébé et avec son nouveau rôle de mère.
On oublie souvent d'écouter la sagesse populaire qui considère comme un péché de faire pleurer une femme en couches. Et il est vrai qu'au cours de cette période les pleurs montent facilement. Il ne faut pas s'en alarmer mais il est utile néanmoins de confier à vos proches ce qui les a provoqués, ils vous aideront à voir plus clair en vous et à dédramatiser ce qui est souvent dû à l'hypersothésie de cette période fragile.
N'importe quel enfant de dix à douze ans est capable de s'occuper d'un bébé sous l'oeil rassurant et réconfortant d'un adulte et pendant les premiers jours vous êtes redevenues un peu cet enfant, laissez vous aller et très vite vous allez prendre de l'assurance et vous occuper seule avec naturel et compétence de votre bébé.
Nous avons dit que la grossesse n'était pas une maladie, certes, que l'accouchement dans la plupart des cas se déroule sans incident, oui, mais cela ne veut pas dire que çà a été facile. L'accouchement venant après 9 mois de grossesse est une épreuve qui a mobilisé toute votre énergie et vous en sortez exténuée, au moment précisément où vous avez besoin d'énergie pour entreprendre la deuxième étape, la plus gratifiante pour vous, la plus déterminante pour votre enfant. Comment en viendrez vous à bout ? Vous êtes découragée à l'avance devant ce bébé qui pleure sans arrêt. Pourtant vous n'avez pas arrêté de l'allaiter, de le changer. La présence d'une grand-mère, mère ou belle-mère compréhensive est d'un grand secours pendant cette période à condition qu'elle se cantonne dans son rôle de soutien moral, discret et rassurant, évitant les conseils et les attitudes de substitution. Seul est efficace et encourageante la grand-mère qui se remémore l'expérience de jeune accouchée qu'elle a elle-même vécue et les sentiments confus et ambivalents qu'elle a éprouvé elle aussi à l'époque. Le soutien le plus précieux qu'une grand-mère peut apporter ce n'est pas tant la quoi faire ou comment faire, çà, c'est aux parents à le découvrir peu à peu face à leur enfant mais plutôt de créer une atmosphère de sérénité où se résolvent les tensions habituelles de cette période, s'atténue l'angoisse accablante de la mère devant ses responsabilités et ses fantasmes de mère idéale. Même si elle n'est pas exprimée, même si elle n'est pas avouée même à soi-même, l'angoisse de mort est toujours présente et rares sont les parents qui ne se lèvent pas la nuit pour vérifier si leur bébé qui dort calmement, est toujours vivant, ou qui restent éveillés dans le noir à écouter sa respiration. A ce sujet il faut savoir que le rythme respiratoire du bébé met du temps à se stabiliser et que les premiers jours la respiration est très irrégulière : à des poussées de respiration rapide et de plus en plus profonde succèdent de longues périodes d'halètement, coupées de périodes sans aucune respiration perceptible.
Quoiqu'il en soit, n'ayez crainte, votre bébé n'oubliera pas de respirer. Il est vivant et comme tout être vivant, animal ou plante il est habité par un principe de vie, il a besoin que vous lui ameniez nourriture et soins mais il n'a pas besoin de vous pour respirer, téter, digérer, assimiler, éliminer c'est à dire pour vivre. Alors ne vous encombrez pas d'une responsabilité angoissante que vous n'avez pas !
Le rôle de la grand-mère ou autres personnes de l'entourage est donc de dédramatiser cette atmosphère. L'évocation de sa propre expérience de jeune mère, de ses inquiétudes, ses frustrations, son désarroi, sa jalousie vis à vis de sa propre belle-mère ou même mère etc. aide à relativiser et banaliser les difficultés actuelles des parents.
Si comme il est très fréquent chez nous, la grand-mère a eu plusieurs enfants, interrogez la sur les souvenirs précoces qu'elle a des différents enfants, vous apprendrez ainsi que l'enfant n'est pas une pâte malléable aux doigts du poitier, que les bébés naissent différents, chacun est un individu, une personne, même s'il n'a pas encore sa personnalité qu'il acquièrera dans sa confrontation avec les autres et les vicissitudes de la vie. Chaque bébé est une personne qui a des capacités de défense et de résistance. Ne vous encombrez donc pas de craintes inutiles, prenez le comme il est et cherchez à le connaître et enclencher avec lui une relation d'échanges complices. La première occasion de le découvrir est d'observer ses réactions au cours des premières tétées. Il peut être paresseux, tirer deux ou trois goulées et s'assoupir, ou bien glouton, aspirant le sein avant même de l'avoir bien dans la bouche.
Si le réflexe de succion existe, à la naissance, chez le bébé, la mère elle, n'a pas de réflexe d'allaitement, il lui faudra donc apprendre et appliquer dès les premières tétées, un certain nombre de petites règles dont dépendra l'avenir heureux de l'allaitement. Une personne expérimentée de votre entourage vous donnera les conseils appropriés. Ce qu'il faut savoir et on ne prend pas toujours les précautions d'usage, c'est qu'il faut absolument éviter les crevasses très douloureuses, source de tarissement du lait et aussi d'infections, éviter également les engorgements des seins.
Il en est de même des autres occasions d'échanges, la toilette, le change, l'endormissement.
L'aventure dont nous parlions au début du livre entre dans une étape nouvelle de réalisation. Votre bébé et vous, allez faire directement connaissance l'un de l'autre et jouir de votre compagnie mutuelle. Ceci peut se réaliser d'emblée ou seulement au bout de quelques jours.
J'insisterai un peu sur les débuts de la vie, parce que dans le développement ultérieur de l'enfant un bon départ dans la relation mère-enfant est un atout non négligeable et aussi parce que c'est à cette période qu'apparaît souvent chez la mère une certaine perplexité parfois même une anxiété devant les réactions du bébé qu'elle n'arrive pas à comprendre et interpréter. Mais heureusement c'est aussi la période où les mères restreignent considérablement le champ de leurs intérêts pour ce centrer exclusivement sur le bébé. J'ai connu des mères auparavant très actives dans le champ professionnel et social et qui après la naissance de l'enfant se désintéressaient totalement de tout ce qu'elles avaient auparavant si fortement investi, l'enfant devenant le thème privilégié des discussions, le centre de tous les intérêts.
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