L'entrée dans le monde
L'entrée dans le monde
Le Travail
Il est temps de vous rendre à la maternité, surtout si vous avez rompu la poche des eaux. En effet, cette rupture peut-être prématurée, survenir donc au début du travail qu'elle va alors accélérer. On dit que le travail chez une primipare (c'est à dire une mère porteuse de son premier enfant) dure plusieurs heures, en moyenne une dizaine, mais comme toutes les statistiques elles se rapportent aux grands nombres et ne concernent pas les individus ; dans votre cas il peut tout aussi bien ne durer que cinq à six heures par exemple, il vous faudra donc vous baser sur l'éloignement de l'hôpital et la fréquence des contractions. Il ne faudra pas se laisser aller à la panique. En effet on a parlé des douleurs de l'enfantement comme de la suprême douleur, mais quoique très fortes elles s'oublient... puisqu'on récidive. Les femmes ont-elles la mémoire courte ? Je pense plutôt que c'est l'efficacité de cette douleur qui la rend supportable, elle s'assimile plutôt à un effort, effort douloureux certes mais effort tendu vers un but et le terme de travail est un terme qui convient bien. En fait, si vous apprenez à respirer et à bien vous détendre et récupérer vos forces après chaque contraction, le seul moment vraiment très douloureux est celui de l'expulsion du foetus et heureusement il ne dure pas très longtemps et il est vite compensé par le soulagement : le cri du bébé qui signe la fin de l'épreuve.
Et le père pendant ce temps là ? Il vous a accompagné à la maternité et arrivé devant la porte, reste penaud. Ne serait-il donc pas concerné ? On se marie dit-on pour le meilleur et pour le pire et c'est précisément, un moment de la vie où le pire, la souffrance et l'anxiété, et le meilleur, l'imminence d'un événement heureux, coexistent. Alors pourquoi le mari et futur père en serait-il exclu ?
Dans de nombreux pays, de nos jours, la présence du père pendant l'accouchement est acceptée parfois même sollicitée. Chez nous, elle est vraiment exceptionnelle. On considère que c'est une affaire exclusivement féminine, et il est même rare qu'on daigne montrer tout de suite son bébé à ce malheureux père qui, anxieux arpente les couloirs ; il devra souvent se contenter d'apprendre le sexe et le poids de son enfant. C'est navrant !
Cependant, il faut le dire, même si cette pratique venait à être tolérée chez nous, très peu de pères, je crois, seraient candidats à assister à l'accouchement. On les comprend un peu, il est émotionnellement très éprouvant d'assister, impuissant, à une épreuve à laquelle on ne participe pas. Des femmes m'ont avoué qu'elles avaient regretté la présence de leur mari, malgré le réconfort personnel qu'elles mêmes en tiraient, parce que c'était trop pénible pour lui.
La naissance
Vous la maman, vous avez eu la chance, bien méritée, de voir votre bébé et de le sentir, on vous l'a mis un petit moment sur le ventre, tout gluant, recouvert d'une couche graisseuse (le vernix) qui a facilité le glissement hors du vagin. Il n'est pas très beau, à vrai dire ; le pauvre chéri se ressent de la lutte qu'il a mené pour arriver à la lumière. L'accouchement est une épreuve pour la mère mais aussi pour le bébé.
En même temps qu'à la faveur des contractions, le col de l'utérus s'ouvre peu à peu, le bassin se distend et votre bébé y a participé de toutes ses forces c'est pourquoi la partie supérieure de son crâne peut être enflée, c'est pourquoi aussi la tête n'est pas toujours ronde mais ressemble plutôt à un melon. Cette déformation de la tête a été très utile parce que le bassin de la mère est toujours plus petit que la tête de l'enfant ; pour passer ce défilé, il a fallu donc que les os du crâne se chevauchent légèrement. Quant à son visage, il accuse lui aussi les marques de ce passage, il est le plus souvent bouffi, parfois légèrement violacé, il peut même présenter quelques poches séro-sanguines.
Vous avez entendu le cri de votre bébé puis on lui a coupé le cordon ombilical qui le reliait à vous, le voilà, petit être vivant indépendamment de vous, d'autres mains s'occupent de lui pour sa première toilette, les premiers soins, pendant que vous achevez la délivrance, l'expulsion du placenta, les frangines comme on l'appelle chez nous. Pour cela, d'autres contractions vont réapparaître, encore et oui ! Ce n'est pas très agréable car souvent après l'effort de l'expulsion, l'accouchée est souvent fatiguée mais il va falloir faire encore cet effort, la vacuité totale de l'utérus étant indispensable pour les bonnes suites de couches. Enfin, vous êtes délivrée ! Souvent des besoins élémentaires surgissent à ce moment là, la faim, le besoin de chaleur, du confort d'un lit... On vous fait regagner votre chambre, exténuée. Certains médecins proposent un sédatif pas toujours nécessaire mais parfois utile pour faciliter un sommeil réparateur car la fatigue, les contractions utérines post-partum (qui permettent l'expulsion des restes de sang dans l'utérus), une vague inquiétude, très fréquente, empêchent le vrai repos compensateur.
Quant à votre bébé, lui aussi est fatigué par son arrivée au monde et le flot brutal et varié de sensations qu'il reçoit de façon aussi subite.
Du cocon chaud et sombre, humide et feutré où il se pelotonnait à l'aise, où il recevait tout sans effort, le voilà propulsé dans un monde totalement différent, froid, clair, bruyant.
Pour estomper au maximum ce traumatisme de la naissance, certains médecins-obstétriciens proposent que l'accouchement se fasse non sur une table de travail et sous les scialytiques, mais dans de grandes baignoires d'eau tiède. J'ai appris, au cours de mon séjour au Sahara, que c'est aussi dans une chaude pénombre que se fait l'accouchement, chez les tribus de nomades. Dès que s'amorce le travail, les jeunes filles du campement vont sur la dune ramener du sable propre et chaud dont elles recouvrent un coin retiré de la tente où aura lieu l'accouchement.
Revenons à votre bébé qui est né banalement dans un service hospitalier où les conditions de confort ne sont pas idéales, peu s'en faut, mais où existe une certaine sécurité en cas d'ennui.
Le monde si différent et si agressif qui lui a sauté à la gorge, à sa sortie du vagin, le bébé ne commencera à le découvrir vraiment que dans un ou deux jours. En effet, lui aussi est exténué et sitôt la toilette terminée il reprend sa position fœtale et sombre dans un sommeil profond. Il a parfois quelques geignements, tressauts et sursauts fréquemment, mais pour se rendormir aussitôt. Il est très rare que le nouveau-né crie vigoureusement les premières heures de sa vie et il est même souvent difficile de le réveiller pour sa première tétée. De toutes les façons il a suffisamment de réserves pour attendre que se fasse la montée laiteuse chez sa maman, qui ne s'établit qu'à partir du troisième jour (entre le troisième et le sixième jour) et peut n'être vraiment complète qu'à partir du dixième jour, donc ne vous désespérez pas trop vite !
Se basant sur le fait que le nouveau-né n'a pas de vrais besoins de nourriture à la naissance, on préconisait autrefois le jeûne physiologique, aujourd'hui remis en cause. Chez nous les préceptes traditionnels recommandaient de donner le sein au bébé dès le premier jour pour qu'il bénéficie des vertus empiriquement reconnues du colostrum.
Peu après l'accouchement et avant la montée laiteuse, les glandes mammaires sécrètent une sorte de lait, épais, jaunâtre, visqueux, très riche en albumine et en sels minéraux et surtout, d'où son intérêt, qui a deux sortes de vertus.
Premièrement le colostrum a des facultés laxatives qui facilitent l'expulsion des déchets accumulés dans l'intestin du foetus pendant la gestation.
Deuxièmement il renferme les anticorps de la mère qui permettent ainsi l'immunisation du nouveau-né contre diverses infections et ceci dès les premiers jours.
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